« L’HISTOIRE DE MAX » ou « DE L’IMPORTANCE DE LA SOCIALISATION A L’HOMME ET AUX CHIENS, SES SEMBLABLES »

Voila, je suis « pensionneur »! Je n’aime pas ce mot mais il paraît que ça s’appelle ainsi. En clair, je garde des animaux domestiques, en l’occurence, des chiens.

Ma conception du travail est la suivante :

Je rencontre le maître et l’animal AVANT, je fais voir mes installations, et surtout je fais connaissance avec le chien ! Cela me semble évident parce que je souhaite que les chiens soient libres dans mon terrain toute la journée, jouent avec les miens, et soient seulement en box pour dormir la nuit. (enfin pas tous, des fois je fais des entorses car je les garde à dormir à la maison!!).

Et surtout, je veux que durant leur séjour chez moi, ils soient heureux! Et puis, je demande au maître de laisser le chien, dans le box, de partir 5 minutes et de revenir. Ainsi le chien sait que son maître va revenir quand il sera laissé la prochaine fois.

Voila mes règles, et jusqu’à maintenant cela fonctionne. Même si certaines personnes sont un peu surprise de cette façon de faire, en leur expliquant le pourquoi, ils comprennent et acceptent.

Sauf, qu’il y a quelques jours, un monsieur m’appelle affolé me demandant s’il peut m’apporter son chien tout de suite. Il habite à quelques kilomètres de chez moi. Sur le principe je suis d’accord, j’ai une place, et je lui expose ma façon de « travailler ».

« Je n’ai pas le temps de faire ça Madame, ma femme a été hospitalisée en urgence, je dois me rendre à la clinique à Rouen immédiatement et ne sais pas à quelle heure je vais rentrer. Je ne veux pas que mon chien reste seul, donc si vous avez une place pour lui, je vous l’amène tout de suite. Vous allez voir c’est un chien adorable aussi bien avec les gens qu’avec les autres chiens ».

Eh bien voila! je n’allais pas lui dire non et faire risquer à son loulou des heures interminables de solitude! je n’ai même pas eu le temps de demander la race et l’âge, le monsieur avait déjà raccroché.

Une demi-heure plus tard arrive maître, chien, croquettes, carnet de vaccination et couverture! Un magnifique berger belge malinois jeune, racé à souhait. Une splendeur!

Le monsieur très pressé, après m’avoir fortement remercié, dépose son chien au box et part rejoindre sa femme à la clinique.

Une fois ce monsieur parti, je me dirige vers le box pour faire un peu connaissance avec mon nouveau pensionnaire. Quelle ne fût pas ma surprise d’être accueillie par un chien tous crocs dehors, se jetant sur la barrière, les poils hérissés, et manifestement pas prêt du tout à me laisser entrer dans « son » box.

Alors là je me dis que je ne dois pas stresser parce qu’il va le sentir, je dois le calmer ça me paraît impératif. Je ne le regarde pas, je l’appelle par son prénom doucement mais rien n’y fait. Je pars donc.

Dans ma tête, je me dis que ce chien n’est pas méchant, qu’un chien méchant cela n’existe pas. Il est seulement paniqué de se retrouver seul dans un endroit qu’il ne connaît pas. D’où l’importance de mes règles indiquées ci-dessus!

J’y retourne un quart d’heure plus tard, j’annonce mon arrivée en l’appelant, et j’ai le même accueil. Pas facile.

Je me dis : ce chien doit se sentir « abandonné » pour agir de la sorte. J’ai lu quelques jours en arrière que des gens faisaient la lecture à des chiens abandonnées. Me voilà arrivée près du box avec ma chaise, mes lunettes et mon livre. Heureusement, il fait beau!

Au bout de 5 minutes, il s’est calmé; toutefois, il n’aboie plus. Je bouge le moins possible, je lis mais j’ai du mal à me concentrer. Je l’observe du coin de l’oeil, et je vois que lui aussi m’observe.

Je vais rester environ une heure. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression d’avancer. Je décide de partir. Dès qu’il m’entend me lever, il aboie mais cela me semble un peu moins agressif.

Je l’entends aboyer encore après mon départ; ce chien a peur, il est paniqué dans cet endroit qu’il ne connaît pas. Je me rappelle le cours de Turid sur les aboiements. Je le reprends, le relis. Oui, c’est ça, un aboiement de peur!!

Je laisse passer environ une heure et j’y retourne. Je ne lâche rien. Au début, je suis accueillie par des aboiements et le chien se calme. Un peu plus vite que tout à l’heure. Je reste de nouveau une heure environ à lui faire la lecture Je me dis qu’ainsi, il va s’habituer à ma voix.

Quand je me lève pour partir, il tourne sa tête en la penchant légèrement vers moi, mais n’aboie pas. Je pars quand même, mais reviens après seulement 10 minutes. Ouf! il n’aboie pas.

Alors je décide de rentrer dans le box pour lui apporter une gamelle d’eau fraîche. C’est peut être un peu fou, mais tant pis. Et puis il doit avoir soif d’aboyer comme ça et sa première gamelle doit être un peu chaude.

Au moment où j’ouvre la porte, au lieu de se jeter dessus (ce qui bien-sûr m’aurait fait faire demi-tour), il va dans le fond du box. J’avance très doucement, sans le regarder, je dépose la gamelle et je ressors. Il arrive très vite à la gamelle pour savourer l’eau fraîche, et vient vers la barrière. Mais il ne se jette pas dessus et n’aboie pas.

Je referai ce même acte à différentes reprises. Il n’y a plus d’aboiement d’agressivité à mon égard. Je décide donc de rester un peu dans le box et de l’appeler sans le regarder. Il s’approche un peu, mais ne vient pas jusqu’à moi; il n’a plus les poils hérissés.

Je lui présente un os en peau de buffle et une récompense. Comme il ne vient pas vers moi pour les chercher, je les laisse sur le sol. Je verrai quelque temps plus tard qu’il ne les a pas pris, tout comme il n’a pas du tout touché aux jouets Kong que j’avais pris soin de déposer dans le box avant son arrivée. Je lui dépose sa gamelle de croquettes qu’il mangera entièrement.

J’ai très mal dormi parce que je cherchais une solution à son mal être.

De très bonne heure vers 5 heure, je suis allée au box. Je l’ai senti presque content de me voir. Ses oreilles se sont baissées un peu quand je l’ai appelé et il a remué un peu sa queue. Ses poils n’étaient pas hérissés. Je suis entrée dans le box, lui ai mis de l’eau fraîche, et suis restée sans rien dire, assise par terre. Il s’est un peu approché, a bu de l’eau, puis est passé près de moi sans me regarder et est reparti vers le fond du box. Je n’ai pas bougé et n’ai pas parlé.

J’ai senti que nous avions beaucoup avancé dans la connaissance tous les deux. J’ai donc décidé de lui laisser accès au terrain en priant très fort de pouvoir le remettre à son box ensuite! j’ai pris son collier et sa laisse instinctivement car je n’en avais pas besoin, et lui ai ouvert la porte.

Et là j’ai vu ce loulou heureux d’avoir de la liberté, courir partout. Il était joyeux. Il reniflait partout, faisait pipi partout!

Je l’ai laissé profité de ce moment pendant une demi-heure à peu près, et je l’ai appelé « au pied » joyeusement en tapant dans mes mains. Quelle ne fût pas ma surprise de voir ce chien venir vers moi aussitôt, de façon enjouée, et se mettre à mes côtés et me regarder, sa tête un peu de côté. « c’est bien mon loulou, ça c’est bien » et me voilà le caressant et lui sautant en l’air de joie.

Je l’avoue, j’en ai pleuré. De joie bien-sûr. J’y étais arrivée.

J’ai prolongé encore un peu ces instants privilégiés et j’ai décidé de l’appeler pour le remettre en box. Et bien là encore, surprise! il est venu aussitôt. Je l’ai donc laissé         5 minutes et l’ai ressorti de nouveau Et je l’ai re-rentré. Et je n’ai plus eu d’aboiement d’agressivité. Je l’ai ressorti de nouveau de son box un bon moment afin qu’il puisse se détendre, et il est venu de lui-même, à plusieurs reprises vers moi pour solliciter des caresses.

Quand son maître est venu le chercher le lendemain, je lui ai posé quelques questions. En fait, ce chien connait 6 personnes : ses maîtres, l’enfant du couple et les 2 petits enfants. Comme il est un peu brusque, dès que des étrangers viennent chez eux, ils mettent le chien à la cave pour que les invités ne soient pas dérangés. En ce qui concerne les chiens, il n’en connait qu’un, celui de l’enfant qu’il voit occasionnellement parce qu’il habite loin. Quant aux os en peau de buffle, son maître ne lui en donne jamais de même pour les récompenses. Il n’en voit pas le besoin me dit-il.

Ces personnes portent beaucoup d’amour à leur animal, il est très bien traité. Mais ils ne connaissent pas l’importance de le mettre en contact avec d’autres personnes et d’autres chiens. Ce qui est VITAL pour l’équilibre de l’animal!

Alors voilà. J’ai décidé de relater cette histoire pour bien mettre l’accent sur L’IMPORTANCE DE LA SOCIALISATION !

Faisons participer nos loulous à des promenades collectives bien organisées, par des professionnels, où ils pourront faire connaissance avec d’autres congénères et partager des jeux et renifler les mêmes odeurs. Etre heureux entre eux quoi!!

Et aussi pour dire un GRAND MERCI à Madame Turid Rugaas et à Madame Paulina Druri (www.chienpresqueparfait.fr) pour les cours que j’ai eu le bonheur de suivre avec elles, et qui m’ont permis d’aborder cette histoire avec calme et de trouver les bonnes solutions, sans paniquer et surtout en observant les SIGNAUX D’APAISEMENT qui m’ont été d’un grand secours.

JUILLET 2014